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Playing for change, singing for peace

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Une fanfare pour le vivre ensemblePublié le 13 février 2019

La fanfare française Mortal Kombo sait mettre le feu. Ses airs festifs enivrés par les cuivres font régulièrement danser les foules. Leur résidence à l'Institut Français a donné lieu à une belle rencontre. Les jeunes musiciens sélectionnés par le foyer culturel de Goma ont monté une fanfare avec... des militaires et policiers.

Ca swingue dans la cour de l'institut français ! Si la musique congolaise a longtemps manié les cuivres avec talent, force est de constater qu'elle les a quelques peu délaissés. Synthétiseurs et percussions dominent désormais dans un monde où la rumba fait sa loi.

« Il y a toute une culture musicale et des connaissances qui se sont perdues, c'est un peu dommage », constate Guillaume Bisimwa, le directeur du festival Amani. « On avait donc envie de faire quelque chose autour de ces instruments. » Un groupe de musiciens français a été contacté. Leur force ? Ils sont capables de monter une fanfare à partir quelques instruments. Le foyer culturel a donc lancé un appel aux musiciens désireux de découvrir de nouvelles pratiques.

Civils et militaires dans une même fanfare

Plusieurs passionnés ont répondu présents. Mortal Kombo, qui est habitué à évoluer en formation d'une quinzaine de musiciens, n'avait pas peur d'intégrer de nombreux musiciens. C'est ainsi que quelques policiers et militaires des FARDC ont été invités à se joindre à l'équipe !

Cette collaboration n'est pas habituelle, dans un pays où les forces de l'ordre sont régulièrement pointées du doigts, accusées de violenter la population. « Tout se passe très bien, les gens apprennent à se connaître, c'est bon pour le vivre ensemble », souligne Pinochet Kasaï, coordinateur artistique du foyer culturel. Pendant les répétitions, tout se passe au mieux. Les militaires chambrent leur chef quand il fait une fausse note, envoient quelques piques à leur collègues policiers, et donnent quelques conseils aux musiciens moins expérimentés.

« Je préfère ma trompette à l'AK-47 »

Pour les policiers, c'est aussi l'occasion de passer du temps avec leurs concitoyens, et d'échanger de façon informelle sur leur métier. Le commandant Jaques Teka, surnommé Papa Sax et qui dirige la fanfare policière du Nord Kivu, profite de l'occasion pour parler de son métier, et de sa volonté de l'exercer de manière douce. « Quand on nous mobilise pour maintenir l'ordre, en cas de manifestations par exemple, je fais toujours le maximum pour que tout se passe pacifiquement. Nous, les musiciens, on est assez tranquilles, on ne cherche pas la confrontation. Si on doit faire reculer des manifestants, on le fait de manière douce et pacifique. Ils sont nos pères, nos mères, nos enfants... Je profite de chacune de mes rencontres avec mes concitoyens pour leur rappeler cela. »

Le premier sergent des FARDC Mustafa Tambwe prend lui aussi du plaisir dans le temps partagé avec les musiciens de Mortal Kombo et les artistes du foyer culturel. « Je suis un soldat, et j’exécute les ordres de mon supérieur », souligne-t-il. « Il est plus agréable de jouer de la musique qu'être au front. Je manie aussi bien la trompette que l'AK-47, mais je préfère la trompette ! »

Retrouvez Mortal Combo et des dizaines d'autres artistes dans la programmation du Festival Amani 2019 !